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Fleurs sur la ville : l'ikebana par Tomoji Hakuno

Article paru dans le magazine Grazia, à retrouver en kiosque ou sur internet. Un bourgeon, un bulbe ou même une simple tige peut se révéler d'une exquise poésie. C'est l'approche de l'"ikebana". Tomoji Hakuno exerce cet art floral ancestral japonais à Paris.

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Article paru dans le magazine Grazia, à retrouver en kiosque ou sur internet.

Un bourgeon, un bulbe ou même une simple tige peut se révéler d'une exquise poésie. C'est l'approche de l'"ikebana". Tomoji Hakuno exerce cet art floral ancestral japonais à Paris.

Aussi connu au Japon que la cérémonie du thé, la calligraphie ou l'origami, l'ikebana s'enracine dans une tradition ancestrale. Celle de la composition florale basée non pas sur la performance ou l'ostentatoire mais sur l'épure, l'humilité, le respect du vivant, le choix des fleurs, des branches et des feuillages de saison. "Je recherche la pureté, le lien concret avec la nature. Mais aussi ce sentiment qu'un végétal suscite ou provoque chez une personne", confesse Tomoji Hakuno, fleuriste et directeur artistique de Aoyama Flower Market. Dans son coin de verdure parisien, paisible, l'homme compose et recompose minutieusement, à l'infini, des œuvres éphémères, aériennes parfois.

Leader au pays du Soleil-Levant, cette maison l'a envoyé dérouler en France cet art de vivre spontané. "L'ikebana donne à voir ce qu'il y a d'admirable dans une simple branche", ajoute-t-il en souriant. Rue du Bac, à Paris, cet artisan du vivant n'hésite pas à mélanger végétaux importés d'horticulteurs japonais et variétés françaises, cultivées localement : des tiges de cornouiller, des feuilles d'eucalyptus, mais aussi une branche de spirée, un sublime narcisse.

Ici, une simple fougère devient un moment d'émotion. Ses compositions, humbles, bucoliques, proches du tableau végétal, expérimentent les marges du genre, du temps. "A la différence de l'art floral français, il ne s'agit pas de théâtralité mais plutôt d'une recomposition d'un paysage naturel", poursuit ce jardinier des villes. Une délicatesse justifiant souvent le choix des compositions en mono-espèce (car cela reflète mieux la personnalité des fleurs), la cueillaison à la saison d'épanouissement.

La beauté fugace

"Lorsque je suis rentré de Tokyo la première fois, j'ai rêvé de rues parisiennes bordées d'immeubles ornés de fleurs en pots, de plantes grasses ou sauvages. Aoyama Flower Market me replonge dans cette ambiance japonaise si particulière", confie l'illustrateur Vahram Muratyan. Autre adepte de l'exigence japonaise, la créatrice de bijoux Marie-Hélène de Taillac : "Une qualité incroyable, un emballage sublime et un service simplement parfait." Les Japonais n'ont pas oublié le message des fleurs, leur signification. Ainsi, sur les étals verdoyants, Tomoji Hakuno parle du bambou sacré pour regarder plus loin, des branches de "senryou", symboles de l'abondance, celles du prunier annonçant le bonheur, et de cette renoncule charlotte qui appellerait à un large sourire. Les rondeurs, les feuillages, les pots et même les racines sont minutieusement mis en scène afin de souligner la délicatesse, la beauté éphémère, mais aussi la fugacité de l'existence.

"Nous aussi, nous mourrons. Les fleurs sont là pour nous le rappeler. Elles sont nos compagnons. Contempler chaque jour un végétal pour recevoir l'image du temps qui s'écoule de manière paisible", philosophe Tomoji Hakuno. Et c'est sans doute cette fragilité, cette humilité face à l'existence qui rend la discipline si touchante. Pendant que nous discutons, Monsieur Hakuno continue d'entremêler les plantes sans jamais les forcer. C'est moderne, naturel et poétique. "La fleur ne doit pas s'ennuyer", conclut-il. Et puis à un moment, sans prévenir, il se fige, sa composition végétale est parfaite, on ne peut plus rien ajouter, ni enlever.

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